À Railay, j’ai passé beaucoup de temps à observer les lutungs à lunettes. Impossible de rester indifférent. Je les trouve incroyablement mignons, avec leurs grands yeux entourés de cercles clairs, leur pelage sombre et leur attitude calme, presque posée.
Les lutungs à lunettes sont des singes leaf eaters, principalement herbivores. Ils se nourrissent surtout de feuilles, de fruits et de graines. On les reconnaît à leur silhouette fine, leur longue queue et leurs mouvements lents et maîtrisés. Contrairement aux macaques, ils sont discrets, peu agressifs, et passent une grande partie de leur temps dans les arbres, en petits groupes familiaux. Les bébés, avec leur pelage plus clair, attirent immédiatement l’attention.
Mais une scène est venue briser cette image paisible. Alors que je photographiais un tout petit bébé lutung, un macaque est arrivé brutalement. En quelques secondes, il a attrapé le bébé avec une violence impressionnante et s’est enfui, le tenant dans la gueule. La scène a été choquante, rapide, impossible à anticiper. Un rappel brutal que, même dans un décor idyllique, la nature reste dure, sans filtre ni morale humaine.
Cette scène m’a marqué. Elle contraste fortement avec la douceur apparente des lutungs et rappelle que Railay n’est pas un parc animalier, mais un écosystème réel, avec ses tensions et ses rapports de force. Observer ces animaux est un privilège, mais aussi une leçon. La beauté et la violence peuvent coexister, parfois à quelques mètres seulement.
